samedi 22 novembre 2008

Le bonheur enfin

Marine se retourna et sa main rencontra un corps chaud. Elle sourit. Antoine. Marine était amoureuse et Antoine dormait. Elle effleura sa joue. Elle trouvait charmant cette façon qu'il avait de dormir la bouche écrasée sur le drap en une grimace affreuse et légèrement bavante. Marine aimait et était aimée. Elle laissa son esprit imaginer d'autres matins comme celui-là. Elle vit même un enfant tout à coup accourir et se blottir entre eux deux en riant. Leur enfant. Peut-être y en aurait-il deux d'ailleurs...ou davantage. Une fille et un garçon...deux garçons et une fille ? Elle se donna une tape mentalement. Il n'était pas temps de penser à ça. Quelle sotte elle faisait. Elle n'avait donc pas retenu les leçons du passé...cette fois-ci pourtant c'était différent. Il ne lui aurait jamais dit « mon amour » sinon. Il ne lui aurait jamais offert cette bague qui devait valoir une fortune. 1000, 1500 euros. Peut-être davantage. Sertie de diamants. C'était presque une bague de fiançailles. Elle contempla son homme à elle, l'homme de sa vie. Eh oui, elle osait le dire, le clamer même. Il était l'homme de sa vie. Jamais elle ne le quitterait. Son bonheur nouveau l'étouffait.
Antoine se réveilla doucement et Marine le regardait comme une mère son nouveau-né.
- Salut
- Salut répondit-elle.
- Quelle heure est-il ?
- 9 heures.
- 9 heures, il est tôt. Tu ne dors pas.
- Je te regardais.

Antoine l'embrassa tendrement. Si tendrement. Si différemment des autres hommes. Lui ne la trahirait pas. De cela, elle était certaine. A sa façon de la serrer dans ses bras, elle savait que qu'il ne partirait pas. Elle ferma les yeux et s'abandonna. Plus jamais elle n'aurait besoin de ces jeux de séduction épuisants. Et pourtant c'est ainsi qu'elle l'avait eu lui aussi. Avec son décolleté et ses talons aiguilles. Avec son air de Messaline. Elle aimait bien jouer à la pute un peu. Mais lui avait compris qui elle était vraiment derrière tout ça. Pour lui, elle pourrait s'habiller en bonne soeur. C'était tellement dérisoire tout ça en regard de tout l'amour qu'elle sentait monter pour lui. Des réserves d'amour qu'elle avait accumulé toutes ces années durant. Rien que pour lui. Parce que les autres n'en avaient pas voulu. Parce que les autres ne le méritaient pas. Cet amour, il avait crû, il s'était multiplié, il commençait à couler doucement. Pas trop, pas trop vite. Elle ne voulait pas l'effrayer. Mais c'est bientôt un fleuve qui se déverserait. Elle avait tant à lui donner. Sa vie pour commencer. Antoine. Antoine. Antoine ! Quel nom magique ! Elle le rendrait heureux. Elle lui permettrait de s'accomplir.
Elle le regarda se lever. Il avait les fesses un peu tombantes et une petite bedaine. Elle trouvait ça mignon...touchant. Son gros bébé. Il s'habilla. Se retourna tout en enfilant son pantalon. Lui sourit. Elle eut soudain envie de sauter hors du lit dans ses bras. Il ne fallait pas qu'elle l'étouffe. Non, juste le regarder, savourer sa beauté, ses yeux francs et rieurs. Comment des yeux comme ça pourraient-ils jamais la trahir ? Impossible. Il n'était pas beau pourtant. Pas au sens académique du terme. Mais derrière ce visage un peu flasque, un peu trop rond, un peu trop rouge, derrière cette calvitie, elle voyait son coeur et ce coeur était le plus beau qu'elle ait jamais rencontré.
 - je vais devoir y aller. Je vais être en retard sinon.
 - Oui mon coeur. Alors à ce soir ?
- A ce soir.
 - Un baiser ! Dit-elle en tendant les lèvres avec gourmandise et bonheur.
Quand ses lèvres se posèrent sur les siennes, tout son corps s'électrisa. Elle pensa à la Belle au bois dormant. Elle pensa : je suis la belle au bois dormant. Mon prince charmant vient de me réveiller d'un long sommeil. Enfin, je vais vivre.
Elle l'attendit toute la nuit, et toute la journée suivante et encore une nuit. Puis elle ouvrit la fenêtre. Il faisait un peu froid. Une brise d'automne. Du 6ème étage de son immeuble, elle ne se louperait pas. Elle enjamba la barre en fer et sauta.

2 commentaires:

C'est pas facile ! a dit…

oh la vache !
Je ne m'attendais pas à une telle "chute" !

Jack Maudelaire a dit…

---> Bonjour,

Sous le balcon grondait la mort, elle fut happée par son appel...

Bien amicalement, Jack